Frelon asiatique, ne laissons pas mourir l’apiculture française
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Un fléau silencieux progresse partout en France. Il menace nos abeilles, fragilise l’apiculture et met en danger la biodiversité. J’ai interpellé le gouvernement au Sénat pour alerter sur cette situation devenue critique. Une loi a été votée : il faut maintenant l’appliquer sans attendre et agir concrètement sur le terrain.
Un prédateur qui s'est installé durablement
Arrivé en France en 2004, par le Lot-et-Garonne, le frelon asiatique s’est imposé en un peu plus de vingt ans sur une grande partie du territoire. Sa progression a été rapide, continue, et il est désormais durablement implanté.
Ce prédateur s’attaque directement aux abeilles, en particulier à l’entrée des ruches. En les empêchant de sortir et de butiner et de se nourrir, il affaiblit les colonies jusqu’à leur disparition. Chaque nid détruit des dizaines de milliers d’insectes par saison. Ce n’est donc pas seulement l’apiculture qui est touchée, mais l’équilibre même de nos écosystèmes et, au-delà, notre agriculture.
Des apiculteurs à bout
Sur le terrain, la situation est alarmante. Partout en France, des apiculteurs, professionnels comme amateurs, voient leur travail anéanti. Dans certains territoires, les pertes atteignent 30 à 40 %. Pour les plus petits producteurs, c’est parfois toute une activité qui disparaît. A la suite de pertes répétées, ils sont nombreux à envisager d’arrêter, faute de solutions et de soutien suffisant.
Les conséquences sont lourdes : baisse des récoltes de miel, reconstitution coûteuse des cheptels, surcharge de travail, découragement. Mais au-delà de l’économie, c’est la pollinisation qui est menacée, donc notre agriculture et notre sécurité alimentaire. L’inaction a un coût estimé à près de 100 millions d’euros par an. Et pourtant, la réponse publique a longtemps été morcelée, dépendante des moyens des collectivités ou de l’engagement individuel.
Une loi votée, une attente immense
Un pas important a enfin été franchi au printemps 2025. Une loi visant à freiner la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole a été adoptée à l’unanimité par le Parlement. C’est un signal politique fort, transpartisan, très attendu par les apiculteurs après des années d’alerte restées sans réponse structurée.
Cette loi apporte enfin un cadre clair : organiser une réponse cohérente, efficace et durable face au frelon asiatique.
- Mise en place d’un plan national de lutte, décliné dans chaque département. L’idée est de coordonner les actions localement, en tenant compte des réalités du terrain, avec l’ensemble des acteurs concernés : services de l’État, collectivités, apiculteurs, monde agricole, organismes sanitaires et de protection de la biodiversité.
- Encadrement du piégeage, afin qu’il soit ciblé et fondé sur les connaissances scientifiques, pour limiter l’impact sur les autres espèces.
- Mise en place d’un dispositif d’indemnisation, indispensable pour des exploitations souvent fragilisées. La loi reconnaît pour la première fois, les pertes subies par les apiculteurs
- Soutien renforcé à la recherche et à l’information, pour améliorer les méthodes de lutte et mieux sensibiliser élus, collectivités et citoyens
Sur le terrain, les plans départementaux seront la clé de voûte du dispositif. Sous l’autorité du préfet, ils devront adapter les actions à chaque territoire et évoluer régulièrement pour rester efficaces face à un phénomène en constante progression.
Une initiative locale à saluer
En Ariège, des réponses concrètes émergent aussi du terrain. Dans le massatois, en Couserans, c’est à l’initiative d’un apiculteur que l’idée a vu le jour. Quatre communes — Massat, Le Port, Boussenac et Biert — ont choisi d’agir ensemble, en lien étroit avec les apiculteurs.
Elles ont investi dans l’achat de 200 pièges. Les captures seront comptabilisées afin de permettre une évaluation dans la durée et d’adapter les actions.
Cette démarche collective, pragmatique et fondée sur l’observation, montre qu’élus et acteurs de terrain travaillent main dans la main, cherchant et mettant en œuvre des solutions pour éradiquer ce fléau. Une initiative exemplaire, à encourager.
Mon intervention au Sénat
Mais aujourd’hui, le décalage entre le texte et la réalité est préoccupant. Les apiculteurs attendent encore des réponses claires, des moyens opérationnels et un calendrier précis. Pendant ce temps, les frelons continuent de proliférer et les ruches de s’effondrer.
C’est dans ce contexte que je suis intervenu au Sénat pour alerter le gouvernement sur la situation très préoccupante de l’apiculture française. J’ai demandé quand et comment la loi votée serait réellement appliquée.
Le gouvernement reconnaît la gravité de la situation et la ministre m’a indiqué qu’un premier décret avait été publié fin décembre et qu’un plan d’action était en cours d’élaboration, notamment sous l’égide du ministère de la transition écologique. La question du financement et de l’indemnisation reste toutefois complexe : le fonds national de mutualisation du risque sanitaire et environnemental ne couvre pas aujourd’hui le frelon asiatique, classé comme espèce exotique envahissante. Des échanges sont engagés pour trouver une solution, et je resterai particulièrement attentif à leur aboutissement.
Ne pas laisser la loi lettre morte
Protéger les abeilles, c’est protéger notre agriculture, notre biodiversité et nos territoires ruraux. Alors que les apiculteurs font leur part, souvent dans des conditions très difficiles, l’État doit désormais prendre pleinement la sienne.
Je reste mobilisé pour que le plan d’action annoncé se traduise rapidement par des mesures concrètes sur le terrain. Les abeilles n’attendront pas. Et les apiculteurs n’ont plus le temps d’attendre non plus.