AESH : reconnaître enfin celles et ceux qui font vivre l’école inclusive
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Chaque jour, dans nos écoles, collèges, et lycées, des femmes et des hommes accompagnent plus de 430 000 élèves et étudiants en situation de handicap pour leur permettre d’apprendre, de grandir et de trouver leur place. Ces accompagnants d’élèves en situation de handicap, les AESH, sont pourtant maintenus dans une précarité indigne, mais aussi dans une forme d’invisibilité institutionnelle et sociale.
Au Sénat, j’ai soutenu une proposition de loi ambitieuse pour leur donner enfin un véritable statut. Parce que l’école inclusive ne peut pas, et ne doit pas, reposer sur la précarité de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.
Les AESH, piliers discrets mais indispensables de l’école inclusive
Dans nos communes, dans nos écoles, chacun le sait : l’école inclusive n’est pas un slogan, c’est une réalité quotidienne. Cette réalité repose en partie sur les AESH. Elles le plus souvent — car il s’agit très majoritairement de femmes — accompagnent des enfants et des jeunes aux besoins éducatifs particuliers, les aident à suivre les apprentissages, à gagner en autonomie, à s’inscrire pleinement dans la vie scolaire et sociale.
Pourtant, leur travail reste trop souvent méconnu. Beaucoup d’AESH disent se sentir invisibles, peu associées aux équipes éducatives, rarement écoutées, alors même qu’elles disposent d’une connaissance fine des élèves qu’elles accompagnent. Sans elles et eux, des milliers d’enfants ne pourraient tout simplement pas être scolarisés dans des conditions dignes. Mais leur rôle dépasse largement l’accompagnement individuel : les AESH contribuent aussi au bon fonctionnement de l’ensemble de l’école. Elles permettent aux enseignants de se concentrer sur leur mission pédagogique et apaisent les relations avec les familles des élèves en situation de handicap, souvent épuisées par des démarches complexes et répétées.
Une précarité devenue insupportable
Pourtant, celles et ceux qui rendent possible cette inclusion travaillent dans des conditions que je juge indignes. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un.e AESH avoisine les 850 euros par mois, bien en dessous du seuil de pauvreté. Le temps partiel est la règle et bien souvent subi : moins de 1 % des AESH travaillent à temps complet.
De plus, depuis plusieurs années, nous assistons à une évolution préoccupante : l’accompagnement humain tend à devenir de plus en plus quantitatif, au détriment de la qualité. Beaucoup enchaînent plusieurs établissements, parfois sur plusieurs communes, peuvent suivre plusieurs élèves de différents niveau et/ou dans différents établissements dans une même semaine et doivent souvent cumuler un autre emploi pour boucler les fins de mois.
Cette précarité fragilise profondément ces accompagnants, entrainant un fort turn-over et explique une réalité alarmante : à la rentrée scolaire 2025, près de 50 000 enfants en situation de handicap se sont retrouvés sans accompagnement humain, malgré une notification de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Les AESH n’en peuvent plus. Les démissions se multiplient : au moins 16 depuis le début de l’année scolaire en Ariège, pour moins de 500 postes. Ce sont aussi les enfants et leurs familles qui en paient le prix, avec des parcours scolaires fragilisés, voire interrompus.
Investir dans l’inclusion, c’est préparer la société de demain
Je veux le dire clairement : investir dans l’école inclusive et dans les AESH n’est pas une dépense de solidarité, c’est un investissement stratégique pour la Nation. Financer correctement les AESH, c’est permettre à tous les élèves en situation de handicap de réussir leur scolarité et, à moyen et long terme :
- de réduire le décrochage scolaire et les coûts sociaux futurs ;
- d’améliorer l’accès à la qualification et à l’emploi ;
- de renforcer l’autonomie des personnes concernées ;
- de consolider la cohésion sociale.
Les études internationales le montrent : chaque euro investi dans l’inclusion scolaire génère un retour positif pour la société. Un jeune accompagné jusqu’au diplôme coûtera toujours moins à la collectivité qu’un jeune en décrochage, confronté ensuite au chômage, à la précarité ou à des dispositifs d’accompagnement lourds.
Une proposition de loi pour sortir de l’impasse
Face à cette situation, le groupe Socialiste au Sénat a porté une proposition de loi visant à intégrer les AESH dans la fonction publique d’État. Déposée par mes collègues Marie-Pierre Monier et Corinne Combe Brossel, cette proposition avait un objectif clair : donner un véritable statut à ces personnels indispensables et mettre fin à une précarité structurelle.
Le texte prévoyait notamment une rémunération fondée sur un temps plein adapté, une formation initiale et continue renforcée, la reconnaissance de l’expérience acquise et de réelles perspectives d’évolution professionnelle. Il élargissait également l’ambition de l’école inclusive, en renforçant les droits des élèves sourds et en encourageant l’adaptation des locaux scolaires.
Un choix politique lourd de conséquences
Malgré ces avancées concrètes et attendues de longue date, la majorité sénatoriale a fait le choix de rejeter ce texte, avec le soutien d’un gouvernement qui préfère l’immobilisme. Je le regrette profondément.
Car investir dans les AESH, ce n’est pas un luxe : c’est un choix politique pour l’égalité des chances.
Avec mes collègues, je continuerai à me battre pour la dignité des AESH et pour une école réellement inclusive, sur l’ensemble de nos territoires, y compris ruraux. Les élus municipaux, les équipes éducatives et les familles le savent : sans reconnaissance des AESH, l’école inclusive restera fragile et inégalitaire.
Faire le choix de l’inclusion, c’est faire le choix de l’avenir. C’est toute la société qui sera gagnante lorsque nous aurons enfin fait ce choix de justice et de responsabilité collective.