« On ne peut plus travailler sereinement », les éleveurs ariégeois face à l’ours
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Les éleveurs demandent des réponses à la hauteur des réalités du terrain, pour protéger le pastoralisme, leur travail et la vie dans les vallées. Comme chaque année, à quelques semaines de la montée en estive, l’inquiétude est particulièrement vive chez les éleveurs ariégeois. Récemment, plusieurs attaques ont été recensées sur les hauteurs de Lapège, au-dessus de Niaux. Quatre brebis ont été tuées en moins d’une semaine, parfois à proximité des habitations.
Ces événements interviennent alors même que les troupeaux viennent tout juste de rejoindre les estives, malgré la présence de chiens de protection, d’une bergère et de dispositifs de surveillance renforcés. Sur le terrain, les éleveurs alertent aussi sur les conséquences indirectes des prédations : stress des troupeaux, avortements, désorganisation du travail pastoral et difficultés croissantes à maintenir une activité sereine en montagne.
Une concentration d’ours régulièrement signalée
Cette inquiétude est d’autant plus forte qu’une concentration importante d’ours est régulièrement observée sur certains secteurs du Couserans. Cette situation est signalée depuis plusieurs années par les élus locaux, les groupements pastoraux et les acteurs du monde agricole.
Lors de son déplacement en Ariège le 27 avril dernier, le président de la République a lui-même reconnu cette concentration particulière sur notre territoire. Il a évoqué la nécessité de donner davantage de pouvoirs dérogatoires au préfet ainsi que la possibilité d’expérimenter des dispositifs d’effarouchement renforcé afin d’apporter des réponses plus adaptées aux réalités du terrain.
Au-delà des chiffres, c’est aujourd’hui un profond sentiment d’épuisement et d’incompréhension qui s’exprime dans plusieurs vallées ariégeoises, notamment en Couserans, dans la vallée d’Ustou, du Biros, du Vicdessos ou encore autour de la haute vallée de l’Ariège. Les signalements d’ours à proximité des villages, des sentiers fréquentés et des zones d’activité humaine nourrissent aussi des interrogations chez les habitants, les bergers et les élus locaux.
Le pastoralisme, un enjeu économique et territorial majeur
L’élevage de montagne reste indispensable à l’équilibre de nos territoires. Il entretient les paysages, participe à la prévention des incendies, fait vivre nos vallées et garantit une présence humaine dans nos montagnes.
Cette réalité dépasse largement le seul cadre agricole. Le pastoralisme couvre près de 5,4 millions d’hectares en France et représente près de 18 % des élevages. Il concerne plus d’un animal élevé sur cinq dans notre pays et génère un potentiel économique estimé à 8,5 milliards d’euros.
Face aux difficultés croissantes rencontrées sur le terrain, la commission des affaires économiques du Sénat, dont je suis membre, a lancé le 4 février 2026 une mission d’information transpartisane consacrée au pastoralisme. Les conclusions de ces travaux sont attendues d’ici la fin du premier semestre.
Cette mission vise notamment à identifier les leviers permettant de garantir la viabilité économique du pastoralisme, alors que ce modèle d’élevage extensif subit à la fois les effets du changement climatique, la pression de la prédation et la multiplication des conflits d’usage.
Adapter les réponses aux réalités du terrain
C’est dans ce contexte que j’ai interpellé Madame Claude Dulamon, récemment nommée préfète déléguée chargée de l’ours et des prédations pour la région Occitanie, pour qu’elle vienne rapidement en Ariège rencontrer les éleveurs, les bergers, les groupements pastoraux et les élus concernés avant le début de la pleine saison d’estive.
Les échanges engagés avec les représentants du pastoralisme mettent en avant plusieurs attentes concrètes :
- une adaptation des dispositifs d’effarouchement ;
- une prise en compte des réalités locales selon les secteurs ;
- et une revalorisation du financement du gardiennage en estive. Le plafond d’aide fixé à 2 500 euros depuis 20 ans ne correspond plus aux charges supportées aujourd’hui par les éleveurs.
Il apparaît également nécessaire d’apporter des réponses plus graduées, plus souples et plus adaptées aux différentes situations rencontrées d’une vallée à l’autre.
Le terrain doit primer
Lors de la réunion organisée fin avril en préfecture, plusieurs pistes ont été évoquées : pouvoirs dérogatoires pour le préfet, expérimentation d’un effarouchement renforcé, meilleure identification génétique des ours et suivi plus étroit entre l’OFB et les éleveurs.
J’ai aussi rappelé un point essentiel : les maires doivent être mieux informés sur les risques, les responsabilités et les bons réflexes à adopter. Dans nos communes de montagne, l’État doit être pleinement au rendez-vous, avec des réponses claires et rapides.
Dans un dossier aussi sensible, le dialogue ne suffit pas s’il ne débouche pas sur des décisions concrètes. Les réalités vécues dans les vallées ariégeoises doivent être entendues, pour concilier la biodiversité, la sécurité et le maintien d’un pastoralisme vivant.
Un rendez-vous important pour les territoires de montagne
Les prochains mois seront importants pour le monde pastoral, avec notamment la perspective d’un texte consacré au pastoralisme que l’on espère pour la rentrée parlementaire ainsi que la rencontre nationale du pastoralisme prévue les 17 et 18 septembre en Haute-Ariège.
Dans ce contexte, les attentes restent fortes pour mieux prendre en compte les réalités vécues sur le terrain et adapter les dispositifs aux spécificités de l’élevage de montagne et de l’estive.