Dermatose nodulaire contagieuse : une crise de trop pour nos agriculteurs
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Des éleveurs à bout, après des années de chocs successifs
Épizooties à répétition, hausse des charges, revenus fragiles, accords commerciaux comme le Mercosur qui représente une menace directe… À la lumière de cette accumulation de crises, force est de constater que la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est vécue par les agriculteurs comme l’épreuve de trop. En Ariège comme partout en France, la détresse est réelle, profonde et elle appelle autre chose qu’une réponse administrative : elle exige de l’écoute, de l’humanité et des décisions justes et responsables.
Une maladie animale grave, mais sans risque pour l’homme
La dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale qui touche exclusivement les bovins. Longtemps limitée à l’Afrique, elle a gagné l’Europe ces dernières années avant d’apparaître en France en juin 2025, avec un premier foyer en Savoie, puis dans plusieurs départements de l’Est et du Sud-Ouest, dont l’Ariège.
Entre le 29 juin et le 14 décembre 2025, 113 foyers ont été détectés en France au total : Savoie (32), Haute-Savoie (44), Ain (3), Rhône (1), Jura (7), Pyrénées-Orientales (21), Doubs (1), Ariège (1) et Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (1), Aude (1).
Transmise par des insectes piqueurs (mouches piqueuses ou taons qui se nourrissent du sang des bovins), elle provoque fièvre, nodules cutanés, chute de production et parfois la mort des animaux. Cette maladie n’est pas transmissible à l’être humain, ni par contact, ni par l’alimentation.
Une stratégie sanitaire qui a provoqué une onde de choc
Dès les premiers foyers, l’État a appliqué un protocole strict : zones réglementées, restrictions de mouvements et abattage total des troupeaux dès la confirmation d’un cas, conformément aux règles européennes.
Sur le papier, l’objectif est sanitaire. Sur le terrain, la réalité est tout autre.
Pour les éleveurs, perdre un troupeau entier à cause d’un seul animal malade, c’est voir disparaître des années de travail, de sélection génétique, parfois l’héritage de plusieurs générations. Même avec des indemnisations, on ne reconstruit pas un cheptel en quelques mois.
Quand la décision sanitaire devient une crise humaine et sociale
Cette gestion a suscité incompréhension, colère et mobilisation. En Ariège, aux Bordes-sur-Arize, comme dans d’autres territoires, la tension est montée jusqu’à l’affrontement.
Des images qui ont choqué bien au-delà du monde agricole. Beaucoup de Français ne comprennent ni l’abattage massif, ni l’usage de la force publique face à des éleveurs en détresse.
En fait, cette crise révèle un malaise plus large : celui d’une profession qui se sent abandonnée, peu écoutée, alors même qu’elle est au cœur de notre souveraineté alimentaire.
Des conséquences lourdes, bien au-delà des exploitations
Il est indéniable que les décisions prises aujourd’hui auront des effets durables :
- sur l’avenir de l’élevage bovin français,
- sur toute une filière économique (abattoirs, ateliers de découpe, transport, équipementiers),
- sur notre capacité à produire en France,
- sur notre capacité à exporter.
À force d’affaiblir nos éleveurs, c’est l’ensemble de notre agriculture, l’un des grands fleurons de la France, que l’on met en danger.
Des demandes claires, portées collectivement sur le terrain
Avec l’ensemble des élus du département, nous avons interpellé le préfet pour demander :
- la réinterrogation du protocole d’abattage total, avec l’étude de solutions plus ciblées,
- une vaccination renforcée et prise en charge intégralement par l’État,
- des mesures de soutien financier rapides, simples et non pénalisantes fiscalement,
- des garanties concernant les périodes de blocage des troupeaux et l'écoulement futur des animaux
- des garanties sur les aides PAC.
Ces demandes sont partagées par de nombreux experts et organisations sanitaires régionales. Elles doivent être étudiées sérieusement.
Écouter, ajuster, soutenir : une responsabilité collective
Association d’élu.es, Département, Chambre d’agriculture, syndicats, préfet, parlementaires, nous agissons ensemble pour trouver des solutions rapides, concrètes et responsables.
Nous portons la voix des éleveurs et demandons au gouvernement de rompre avec une gestion uniquement administrative, pour aller vers une approche fondée sur l’écoute, le dialogue et la concertation.
Je suis intervenu en question d’actualité au Sénat pour soutenir nos éleveurs frappés par la DNC et demander au gouvernement de sortir d’une gestion froide et descendante.
Vous trouverez ci-dessous le texte de mon intervention et la réponse de la Ministre.
Plus que jamais, il nous faut trouver un équilibre humain et juste : protéger la santé animale, sans briser des femmes et des hommes déjà à bout. Les propositions des syndicats ne peuvent plus être ignorées. Le dialogue doit reprendre, sincère et respectueux. Et le soutien apporté aux éleveurs doit enfin être concret, rapide et à la hauteur de ce qu’ils endurent.
L’Ariège ne lâchera pas ses agriculteurs.