Accès aux soins : l’urgence d’agir face aux déserts médicaux
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L’accès aux soins : une urgence républicaine
Dans nos territoires ruraux comme dans de nombreuses villes moyennes, trouver un médecin traitant ou obtenir un rendez-vous chez un spécialiste relève désormais du parcours du combattant.
La réalité est alarmante : 6 millions de Français étaient sans médecin traitant en 2024, parmi lesquels près de 600 000 patients atteints d’une affection de longue durée. Derrière ces chiffres se cachent des citoyens qui renoncent à se soigner, attendent des mois pour obtenir un rendez-vous ou voient leur état de santé se dégrader faute d’un suivi médical régulier.
Les inégalités territoriales ne cessent de se creuser. Dans certains départements, l’accès à un généraliste ou à un spécialiste devient chaque année plus difficile.
Cette situation s’aggrave encore : l’accessibilité aux médecins généralistes a continué de reculer entre 2022 et 2023, sous l’effet conjugué des départs à la retraite, du vieillissement de la population et des difficultés d’installation dans certains territoires.
Les conséquences sont concrètes pour les habitants. Faute de solutions de proximité, un patient sur cinq se rend aux urgences en raison des difficultés d’accès aux soins de ville. Cette pression supplémentaire contribue à la saturation de l’hôpital : en dix ans, le nombre de passages aux urgences a augmenté de 13 %.
L’accès aux soins, qui constitue un droit fondamental, ne peut dépendre du lieu où l’on habite. C’est l’égalité républicaine qui est en jeu.
Une proposition de loi transpartisane pour mieux répartir les médecins
Face à cette situation, une proposition de loi soutenue par des parlementaires de sensibilités diverses proposait des mesures pragmatiques et immédiatement opérationnelles.
Son dispositif central visait à instaurer un mécanisme d’autorisation d’installation des médecins, déjà appliqué à d’autres professions de santé. Concrètement, l’installation serait restée libre dans les territoires sous-dotés, tandis qu’elle aurait été régulée dans les zones déjà suffisamment pourvues afin d’éviter une concentration toujours plus forte de l’offre médicale.
Cette régulation n’avait rien de coercitif ou de punitif. Elle constituait au contraire un outil d’équité territoriale destiné à garantir à chaque Français un accès effectif aux soins, quel que soit son lieu de résidence.
Le texte prévoyait également :
- le rétablissement de l’obligation de participation à la permanence des soins afin de soulager les services d’urgence ;
- la suppression des pénalités financières pour les patients dépourvus de médecin traitant ;
- l’ouverture d’une première année d’études de santé dans chaque département afin de favoriser l’ancrage territorial des futurs professionnels de santé.
Un premier pas, pas une solution miracle
Soyons lucides : cette proposition de loi n’était pas la panacée. La crise de l’accès aux soins résulte de décennies de politiques insuffisantes, du numerus clausus, du vieillissement des médecins et de l’évolution des modes d’exercice.
Former davantage de médecins, développer les maisons de santé pluriprofessionnelles, soutenir l’exercice coordonné ou renforcer l’hôpital demeurent des leviers indispensables.
Mais refuser toute régulation de l’installation des médecins revient à considérer que les politiques exclusivement incitatives suffiront. Or, force est de constater que ces dispositifs n’ont pas permis d’enrayer l’extension des déserts médicaux.
Cette proposition de loi transpartisane constituait un premier pas, mesuré et équilibré, vers une meilleure répartition des professionnels de santé sur le territoire.
Une occasion manquée
Inscrite à l’ordre du jour du Sénat le jeudi 11 juin 2026, cette proposition de loi n’a finalement pas pu être votée.
L’enlisement des débats, marqué par une multiplication des prises de parole et des amendements, a empêché l’examen du texte jusqu’à son terme.
Je regrette profondément cette situation. Alors que nos concitoyens font de l’accès aux soins leur préoccupation quotidienne, le Sénat a manqué l’occasion d’envoyer un signal fort.
La majorité sénatoriale a ainsi refusé ce premier pas vers la régulation de l’installation des médecins. Pourtant, face à l’urgence sanitaire et territoriale, l’inaction n’est plus une option.
L’accès aux soins est un droit fondamental. La République ne peut accepter qu’il dépende du lieu où l’on vit.